lundi 22 janvier 2024

L'attente

 


L'attente


Comme au plus profond de l'abîme

Comme si j'étais la victime 

Comme dans un espoir infime

Je t'attends, 


Comme si ma vie en dépendait

Comme si le soleil se mourrait 

Comme si la nuit jamais n'étincellait

Je t'attends 


Comme une mourante asphyxiée 

Comme un soldat amputé 

Comme si un geste suffisait 

Je t'attends


Je t'attends, 

Je ne suis pas raisonnable

Je t'attends

Ma peine n'est pas acceptable

Je t'attends

Un poison me dévorant

Un feu me consummant

Un tourment angoissant

Un poignard me transperçant 

Une douleur me torturant

Moi agonisant 

Je t'attends

Je t'attends en espérant

Te retrouver comme ce j

our

Qui deviendrait toujours





samedi 20 janvier 2024

Mon ange












Impuissante, 
Mes larmes ruisselantes,
Mon cœur émietté 
Ma peine, une épée 

J'attends, j'espère
Je crains, j'exagère
Tu n'es pas là
Ailleurs, ici ou là

Inquiète, effrayée
Insatisfaite, terrifiée
Je m'ennuie de toi
J'ai besoin de toi

Le temps passe
Le désir reste
 La folie remplace
 Le doute funeste

Encore une minute
Une insoutenable minute
Une minute qui s'allonge
Le silence se prolonge

Au point d'avoir mal
De prier un Dieu cruel ou d'exhorter le Malin
Au point de vouloir se faire du mal
Pour conjurer le supplice inhumain

Quand enfin te voilà, toi, mon ange
Comme une étoile dans le ciel, 
tu me guides,
me consoles, 
me guerris
Mon âme s'envole
Légère et apaisée











Boris Vian : Berceuse pour les ours qui ne sont pas là

 

Oursi ourson ourzoula

Je voudrais que tu sois là

que tu frappes à la porte

Et tu me dirais c’est moi

Devine ce que je t’apporte

Et tu m’apporterais toi 


Depuis que tu es partie

j’ai de l’ennui tout autour 

ça me ravage le foie

beaucoup mieux qu’un vrai vautour

Et je ne sais plus quoi faire

Alors j’ai pris tes photos

je les pendues au mur

Et j’ai dit regardez-moi

avec vos yeux d’autre part

Ce sont les seuls yeux du monde

Dans lesquels j’ose le voir


Le Bärchen était au mur

Et il s’est mis à pleurer

parce que j’étais si triste

il voulait me consoler


Les autres peuvent me dire

des choses, des choses, des

choses mais que j’oublie vite

toi je sais ce que tu dis 

Je me rappelle ta voix

Je me rappelle tes mots


Je t’ai suivie à la gare

je suis monté dans le train

mais il est parti tout seul

Tu disais que je m’en aille

pour ne pas que je m’ennuie

en attendant sur le quai


Plus jamais une seconde

plus jamais sans te toucher

savoir que tu es si loin

ne pas pouvoir y aller

mais comme un pauvre imbécile

Je disais pour quelque jours

se séparer, c’est facile

après tout, s’il arrivait

que tu partes en tournée


Il faudrait nous habituer 

mais tu vois si j’étais bête …

Car on ne s’habitue pas

à crever, même en six mois. 


    Oursi Ourson Ourzoula

Je voudrais que tu sois là

Tes talons dans l’escalier

feraient le bruit que je guette

et tu serais dans mes bras


C’est dimanche, il est huit heures

Et je ne veux pas sortir

Et je m’ennuie à mourir

Alors je t’écris, mon ange

Une chanson du dimanche

Une chanson pas très drôle

Mais on y rajoutera

Mardi soir, un 

grand couplet

Viens dormir sur mon épaule

et on ne dormira pas


 


vendredi 19 janvier 2024

Croquembouche

 


Avec souplesse et délicatesse, le chat se faufile

Sur ses pattes délicates, habile

Les moustaches frétillantes et l'humeur légère

Il guette la souris coquette d'un œil sévère


Il s'approche, furtif, concentré, la bave aux lèvres

Quel festin, mes amis, à quelques pas de souris

Il renifle, hume l'odeur suave et charnue,

Candide la souris se croyait bénie, se trouva bien eu


Traquée, violentée et bientôt croquée

La pauvre souris, piégée, dans la gueule du chat

Terrorisée, asphyxiée, à l'agonie, devenue son jouet

Se met à couiner, à prier, à espérer le trépas


Implorant, suppliant le ciel ou un divin

Boursouflée, nécrosée, hideuse, la souris se meurt

Le chat espiègle et facétieux, se lassa soudain 

Pétrie, lacérée mais en vie, la souris vainqueur 


Le chat partit, allègre, sur ses coussinets dodus

Vers de nouvelles péripéties de matou 

La souris à bout de souffle tout de grâce vêtu 

Est rentrée, tel un revenant d'ou

tre-tombe, dans son trou 

En éclats

 C'est en imaginant ce que tu deviendrais si je n'étais plus là, que j'ai trouvé la force de continuer. Chaque heure, chaque jour, chaque semaine. Je suis là près de toi. Je suis là pour toi. Je supplie le ciel pour que tu ailles mieux. Pour que tu ne te mette pas en colère. Encore une fois. Je sursaute malgré tout quand le verre vint se fracasser contre le mur. 


Je te regarde impuissante. Tu me regardes avec cet air de défi qui me transperce le cœur. Je baisse les yeux. Je me lève ramasser les morceaux de mélamine. J'ai changé il y a plusieurs mois toute la vaisselle. Pour éviter que tu te blesses. Que tu me blesses. Quand tout à coup tu cours à la cuisine. J'entends les portes de placard cogner, les tiroirs taper, de la vaisselle jeter. Tu te retournes et me regardes avec un air mauvais. 

- Où sont les couteaux ? craches tu soudain

Je ne réponds pas. Je me lève. Contourne le canapé. Et je cours vers la salle de bain. Je m'enferme. J'ouvre la boîte à pharmacie. Je sors le flacon de neuroleptique. Mes mains tremblent. Je n'arrive pas à l'ouvrir. J'essaie de me rappeler si j'ai bien rangé sous clé tous les couteaux. M'en suis je servi d'un ce matin ? Je ne sais plus. 


J'arrive enfin à ouvrir ce stupide flacon mais il m'échappe des mains. J'entends des bruits de pas. Puis de grands coups contre la porte. 

- Je vais te TUER, hurles-tu, tu m'entends? Je vais te couper la gorge et je te regarderai te vider de ton sang!

Il faut que je ramasse ces foutus comprimés. Je sens ma poitrine me serrer. J'ai si mal. Je t'aime. Mais c'est tellement difficile. Chacune de tes paroles me blesse, me déchire, meurtrie mon âme. J'essaie de respirer. J'essuie mes larmes qui me brûlent. Je me sens cette souffrance au plus profond de mon être. Une peine infini. Un gouffre de chagrin. Comment est-ce possible ? Comment en est on arrivé là ?


Il y a deux mois, tu as réussi à trouver un couteau. Tu me l'a planté dans le ventre. Comme ça. Facilement. Obsessionnellement. Cruellement. J'ai senti le métal traverser mes chairs. Et mon âme. Je ne t'en voulais pas. Tu n'étais plus toi même. Tu me regardais. Tu me jaugeais. On aurait dit que tu essayais de deviner ma douleur. Ma douleur viscérale, physique ou ma douleur émotionnelle, mentale. Je ne saurais dire. Le supplice n'a pas durait. Tu es parti comme pris d'un remord ou peut être autre chose. J'ai pu appeler les secours. J'ai menti. J'ai dit que je m'étais blessée toute seule. Je touche ma cicatrice. Elle me rappelle à quel point je t'aime.



 Je réussis à ramasser ces maudits comprimés. Je me relève. Respires profondément. Je ne t'entend plus. Je m'approche de la porte. J'y pose mon oreille. Mais je n'entends toujours rien. Je la déverrouille. Et je sors. Sur la pointe des pieds. Je longe le couloir. Tu es dans le salon. Un air mauvais. Machiavélique. Presque animal. As tu trouvé un couteau ? Tu te jettes sur moi. Je me pousse d'un coup sur le côté. Tu trébuches dans le tapis. J'en profite et enfonce deux comprimés orodispersibles sous ta lèvre. Je te maintiens la tête. Je te caresse les cheveux. Tu as l'air calme. Mais ce n'est qu'une illusion. Mais tu restes pourtant tranquille. Les comprimés se dissolvent et commencent à faire effet. Tu respires plus lentement. Tes traits se détendent. 

Je t'aime. 

Mais c'est tellement difficile. 

Je vous présente Erwan. 

C'est mon fils.


Il a dix ans.



La porte du placard


- Maman j'ai peur!

La veilleuse éclaire doucement la chambre. La porte du placard est gentiment fermée. Mais Martin tremble. Il sait que quelque chose ne va pas. Ce quelque chose que l'on devine, que l'on sent, que l'on ressent sans pouvoir le nommer. Mais on sait, oui on sait que ce n'est pas une bonne chose. 

- Mamannn! hurle Martin

Justine, sa mère, finit par venir. Las. Comme tous les soirs. Son fils l'appelle. Il a peur du croque-mitaine dans le placard. D'où peut bien lui venir cette idée. Elle essaie patiemment de lui démontrer qu'il n'y a pas de monstre dans le placard. Ni sous le lit. Ni derrière les rideaux. Elle lui caresse la joue. Le rassure. Lui répète qu'elle est juste à côté. Qu'il ne peut rien lui arriver. Que tout ira bien. Tout en sachant qu'elle devra recommencer la même scène plusieurs fois avant que son fils ne trouve le sommeil.


Justine se rappelle quand tout a commencé. Juste après l'accident. L'accident qui a pris la vie de son mari, le père de Martin. C'était l'année dernière. Il faisait nuit. Il roulait trop vite. L'autre voiture aussi. Il pleuvait. Et tout a été très vite. C'était fini. Martin s'est renfermé. Les cauchemars ont commencé. Et des peurs irrationnelles sont apparues. Le croque-mitaine. D'après le psychiatre, c'est une projection de sa peur. Le croque-mitaine veut le prendre. Car un petit garçon ne doit pas grandir sans son père. Au fond de lui, il préférerait être capturé par le croque-mitaine plutôt que de se réveiller jour après jour sans son papa. Son héros. Sa forteresse. Celui en qui il avait tant confiance. Son père le protégeait. Avec lui rien ne pouvait arriver. Sauf l'impensable apparemment. 


-Maman ? Y'a un bruit bizarre dans le placard !

A chaque plainte de son enfant, un morceau du coeur de Justine s'émiette. A chaque cri, une part de son âme se meurtrit. Chaque soir, le supplice recommence. Chaque nuit, les ténèbres qui le ronge, s'empare de lui un peu plus. Cette solitude infinie. Une torture acide. Une tristesse suffocante. Comment un petit garçon de 6 ans peut supporter un tel chagrin ? 


- Regarde Martin le placard est vide

Elle allume la lumière pour bien lui montrer. 

- Tu voies, il n'y a personne !

Elle prend son fils dans ses bras. Le berce doucement en lui chantant un air apaisant. 

- Personne ne viendra te chercher. Ta place est ici. Tout ira bien. Je suis là. Je n'irai nul part. Je suis avec toi. 

Elle reste près de lui jusqu'à ce qu'il s'endorme.


La porte du placard se met à grincer. Sournoisement. Méchamment. Elle s'entrouve. Le lumière perce les ténèbres. Une ombre surgit. Un ricanement lugubre et mauvais se fait entendre.

- Maman ! Maman ! A l'aide ! Il est là !

Justine se précipite dans la chambre et trouve son petit Martin assis dans son lit, les yeux vides grands ouverts fixant la porte du placard. Elle s'approche lentement. Une main tendue.

-Martin ? Réveille toi mon chéri. C'est un cauchemar. 

Elle pose sa main sur son épaule. Il tourne la tête. Sans la voir. Elle lui caresse la joue. Ses yeux se referment. Des larmes coulent. Les larmes d'une mère. Une mère impuissante face à la douleur qui dévore son enfant. 


Juste au moment de quitter la chambre, Martin se réveille. La porte du placard était restée ouverte. Le miroir sur la face intérieure de la porte est orientée vers le passage entre le lit et la porte d'entrée de la chambre. La lumière du couloir éclaire juste assez. Assez pour voir. Ou ne pas voir. Justine passe juste devant. Mais dans le miroir aucun reflet n'apparaît. 

Car elle n'est plus là.

Elle n'est plus là non plus depuis l'acci

dent.

Martin est tout seul.


L'attente

  L'attente Comme au plus profond de l'abîme Comme si j'étais la victime  Comme dans un espoir infime Je t'attends,  Comme s...