samedi 20 janvier 2024

Boris Vian : Berceuse pour les ours qui ne sont pas là

 

Oursi ourson ourzoula

Je voudrais que tu sois là

que tu frappes à la porte

Et tu me dirais c’est moi

Devine ce que je t’apporte

Et tu m’apporterais toi 


Depuis que tu es partie

j’ai de l’ennui tout autour 

ça me ravage le foie

beaucoup mieux qu’un vrai vautour

Et je ne sais plus quoi faire

Alors j’ai pris tes photos

je les pendues au mur

Et j’ai dit regardez-moi

avec vos yeux d’autre part

Ce sont les seuls yeux du monde

Dans lesquels j’ose le voir


Le Bärchen était au mur

Et il s’est mis à pleurer

parce que j’étais si triste

il voulait me consoler


Les autres peuvent me dire

des choses, des choses, des

choses mais que j’oublie vite

toi je sais ce que tu dis 

Je me rappelle ta voix

Je me rappelle tes mots


Je t’ai suivie à la gare

je suis monté dans le train

mais il est parti tout seul

Tu disais que je m’en aille

pour ne pas que je m’ennuie

en attendant sur le quai


Plus jamais une seconde

plus jamais sans te toucher

savoir que tu es si loin

ne pas pouvoir y aller

mais comme un pauvre imbécile

Je disais pour quelque jours

se séparer, c’est facile

après tout, s’il arrivait

que tu partes en tournée


Il faudrait nous habituer 

mais tu vois si j’étais bête …

Car on ne s’habitue pas

à crever, même en six mois. 


    Oursi Ourson Ourzoula

Je voudrais que tu sois là

Tes talons dans l’escalier

feraient le bruit que je guette

et tu serais dans mes bras


C’est dimanche, il est huit heures

Et je ne veux pas sortir

Et je m’ennuie à mourir

Alors je t’écris, mon ange

Une chanson du dimanche

Une chanson pas très drôle

Mais on y rajoutera

Mardi soir, un 

grand couplet

Viens dormir sur mon épaule

et on ne dormira pas


 


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