vendredi 19 janvier 2024

La porte du placard


- Maman j'ai peur!

La veilleuse éclaire doucement la chambre. La porte du placard est gentiment fermée. Mais Martin tremble. Il sait que quelque chose ne va pas. Ce quelque chose que l'on devine, que l'on sent, que l'on ressent sans pouvoir le nommer. Mais on sait, oui on sait que ce n'est pas une bonne chose. 

- Mamannn! hurle Martin

Justine, sa mère, finit par venir. Las. Comme tous les soirs. Son fils l'appelle. Il a peur du croque-mitaine dans le placard. D'où peut bien lui venir cette idée. Elle essaie patiemment de lui démontrer qu'il n'y a pas de monstre dans le placard. Ni sous le lit. Ni derrière les rideaux. Elle lui caresse la joue. Le rassure. Lui répète qu'elle est juste à côté. Qu'il ne peut rien lui arriver. Que tout ira bien. Tout en sachant qu'elle devra recommencer la même scène plusieurs fois avant que son fils ne trouve le sommeil.


Justine se rappelle quand tout a commencé. Juste après l'accident. L'accident qui a pris la vie de son mari, le père de Martin. C'était l'année dernière. Il faisait nuit. Il roulait trop vite. L'autre voiture aussi. Il pleuvait. Et tout a été très vite. C'était fini. Martin s'est renfermé. Les cauchemars ont commencé. Et des peurs irrationnelles sont apparues. Le croque-mitaine. D'après le psychiatre, c'est une projection de sa peur. Le croque-mitaine veut le prendre. Car un petit garçon ne doit pas grandir sans son père. Au fond de lui, il préférerait être capturé par le croque-mitaine plutôt que de se réveiller jour après jour sans son papa. Son héros. Sa forteresse. Celui en qui il avait tant confiance. Son père le protégeait. Avec lui rien ne pouvait arriver. Sauf l'impensable apparemment. 


-Maman ? Y'a un bruit bizarre dans le placard !

A chaque plainte de son enfant, un morceau du coeur de Justine s'émiette. A chaque cri, une part de son âme se meurtrit. Chaque soir, le supplice recommence. Chaque nuit, les ténèbres qui le ronge, s'empare de lui un peu plus. Cette solitude infinie. Une torture acide. Une tristesse suffocante. Comment un petit garçon de 6 ans peut supporter un tel chagrin ? 


- Regarde Martin le placard est vide

Elle allume la lumière pour bien lui montrer. 

- Tu voies, il n'y a personne !

Elle prend son fils dans ses bras. Le berce doucement en lui chantant un air apaisant. 

- Personne ne viendra te chercher. Ta place est ici. Tout ira bien. Je suis là. Je n'irai nul part. Je suis avec toi. 

Elle reste près de lui jusqu'à ce qu'il s'endorme.


La porte du placard se met à grincer. Sournoisement. Méchamment. Elle s'entrouve. Le lumière perce les ténèbres. Une ombre surgit. Un ricanement lugubre et mauvais se fait entendre.

- Maman ! Maman ! A l'aide ! Il est là !

Justine se précipite dans la chambre et trouve son petit Martin assis dans son lit, les yeux vides grands ouverts fixant la porte du placard. Elle s'approche lentement. Une main tendue.

-Martin ? Réveille toi mon chéri. C'est un cauchemar. 

Elle pose sa main sur son épaule. Il tourne la tête. Sans la voir. Elle lui caresse la joue. Ses yeux se referment. Des larmes coulent. Les larmes d'une mère. Une mère impuissante face à la douleur qui dévore son enfant. 


Juste au moment de quitter la chambre, Martin se réveille. La porte du placard était restée ouverte. Le miroir sur la face intérieure de la porte est orientée vers le passage entre le lit et la porte d'entrée de la chambre. La lumière du couloir éclaire juste assez. Assez pour voir. Ou ne pas voir. Justine passe juste devant. Mais dans le miroir aucun reflet n'apparaît. 

Car elle n'est plus là.

Elle n'est plus là non plus depuis l'acci

dent.

Martin est tout seul.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

L'attente

  L'attente Comme au plus profond de l'abîme Comme si j'étais la victime  Comme dans un espoir infime Je t'attends,  Comme s...