vendredi 19 janvier 2024

En éclats

 C'est en imaginant ce que tu deviendrais si je n'étais plus là, que j'ai trouvé la force de continuer. Chaque heure, chaque jour, chaque semaine. Je suis là près de toi. Je suis là pour toi. Je supplie le ciel pour que tu ailles mieux. Pour que tu ne te mette pas en colère. Encore une fois. Je sursaute malgré tout quand le verre vint se fracasser contre le mur. 


Je te regarde impuissante. Tu me regardes avec cet air de défi qui me transperce le cœur. Je baisse les yeux. Je me lève ramasser les morceaux de mélamine. J'ai changé il y a plusieurs mois toute la vaisselle. Pour éviter que tu te blesses. Que tu me blesses. Quand tout à coup tu cours à la cuisine. J'entends les portes de placard cogner, les tiroirs taper, de la vaisselle jeter. Tu te retournes et me regardes avec un air mauvais. 

- Où sont les couteaux ? craches tu soudain

Je ne réponds pas. Je me lève. Contourne le canapé. Et je cours vers la salle de bain. Je m'enferme. J'ouvre la boîte à pharmacie. Je sors le flacon de neuroleptique. Mes mains tremblent. Je n'arrive pas à l'ouvrir. J'essaie de me rappeler si j'ai bien rangé sous clé tous les couteaux. M'en suis je servi d'un ce matin ? Je ne sais plus. 


J'arrive enfin à ouvrir ce stupide flacon mais il m'échappe des mains. J'entends des bruits de pas. Puis de grands coups contre la porte. 

- Je vais te TUER, hurles-tu, tu m'entends? Je vais te couper la gorge et je te regarderai te vider de ton sang!

Il faut que je ramasse ces foutus comprimés. Je sens ma poitrine me serrer. J'ai si mal. Je t'aime. Mais c'est tellement difficile. Chacune de tes paroles me blesse, me déchire, meurtrie mon âme. J'essaie de respirer. J'essuie mes larmes qui me brûlent. Je me sens cette souffrance au plus profond de mon être. Une peine infini. Un gouffre de chagrin. Comment est-ce possible ? Comment en est on arrivé là ?


Il y a deux mois, tu as réussi à trouver un couteau. Tu me l'a planté dans le ventre. Comme ça. Facilement. Obsessionnellement. Cruellement. J'ai senti le métal traverser mes chairs. Et mon âme. Je ne t'en voulais pas. Tu n'étais plus toi même. Tu me regardais. Tu me jaugeais. On aurait dit que tu essayais de deviner ma douleur. Ma douleur viscérale, physique ou ma douleur émotionnelle, mentale. Je ne saurais dire. Le supplice n'a pas durait. Tu es parti comme pris d'un remord ou peut être autre chose. J'ai pu appeler les secours. J'ai menti. J'ai dit que je m'étais blessée toute seule. Je touche ma cicatrice. Elle me rappelle à quel point je t'aime.



 Je réussis à ramasser ces maudits comprimés. Je me relève. Respires profondément. Je ne t'entend plus. Je m'approche de la porte. J'y pose mon oreille. Mais je n'entends toujours rien. Je la déverrouille. Et je sors. Sur la pointe des pieds. Je longe le couloir. Tu es dans le salon. Un air mauvais. Machiavélique. Presque animal. As tu trouvé un couteau ? Tu te jettes sur moi. Je me pousse d'un coup sur le côté. Tu trébuches dans le tapis. J'en profite et enfonce deux comprimés orodispersibles sous ta lèvre. Je te maintiens la tête. Je te caresse les cheveux. Tu as l'air calme. Mais ce n'est qu'une illusion. Mais tu restes pourtant tranquille. Les comprimés se dissolvent et commencent à faire effet. Tu respires plus lentement. Tes traits se détendent. 

Je t'aime. 

Mais c'est tellement difficile. 

Je vous présente Erwan. 

C'est mon fils.


Il a dix ans.



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